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dimanche 8 décembre 2019

Le Royaume solitaire

le royaume solitaire

Le temps, comme la tête de Méduse
Dont tous les vivants craignent le regard,
A pétrifié le royaume hagard,
Victime du Destin qui s’amuse.

La ville semble mourir et rêve,
Rien ne la réveille de son sommeil,
Ni le vent à lui-même pareil
Ni le soleil radieux qui se lève.

Je vis un grand palais, dont la porte
Couverte de calligraphies et d’or
Est ouverte, et qui éternellement dort
Sans gardes, sans archers et sans cohortes,

Je vis, au milieu d’une cour immense,
Des hommes et des femmes qui jadis
Étaient vivants, et sont maintenant maudits
Et comme leur ville sans défense.

Dans des chambres sans lampes, sans bougies,
Où l’odalisque aux sombres cheveux vient,
Des jours bienheureux souvenir ancien,
Est resté un vague parfum d’orgie,

Le vin est encore sur les tables,
Il faisait dire d’éphémères vers,
Et des débris de repas que les vers
Dévoreront, convives redoutables.


Par : Mohamed Yosri Ben Hemdène

vendredi 7 juillet 2017

Conte: Le Palais aérien (Partie IX)

CONTE: LE PALAIS AÉRIEN (PARTIE ix)


IX. Comment Bertel sauva sa princesse bien-aimée et l’âne gris, son fidèle compagnon

Dans de vastes salles Bertel erre en rêvant
Ainsi qu’une voile que caresse le vent
S’avançant doucement dans les flots sans furie,
Contemplant les soleils des belles pierreries.
Réveillé tout à coup de son dangereux sommeil
Par le rugissement d’un monstre sans pareil,
Dans une salle il voit un Trolle à neuf têtes
Qu’il tue d’un coup d’épée. Non loin de la bête,
Il trouve une jeune beauté qui doucement dort
Pareille à une fleur, dans une chambre d’or.
Bertel s’approche d’elle et voit avec surprise
La jeune princesse dont son âme est éprise
Et dont il a aimé le portrait dans les bois.
« Ô c’est vous ! s’écrie-t-il, c’est bien vous que je vois ! »
La beauté se réveille et à son tour s’écrie :
« Le Trolle va revenir ! Fuyez, je vous en prie ! »
Mais Bertel lui répond : « Il est mort. Suivez-moi,
Ma belle princesse, sans peur et sans émoi,
Et je vous conduirai jusqu’à votre père. »
Elle lui tend la main. La pauvre n’espère
Que revoir son bon père, et comme son sauveur
Qui la contemple, épris, avec des yeux rêveurs,
Ne songe qu’à quitter ce palais, sans rien prendre
De ses vastes trésors, et sans encore attendre.
Les bêtes, cependant, commencent à s’éveiller
A beugler, à rugir, à piauler, à piailler.
L’âne crie à son maître avec impatience :
« Utilisez l’eau de mort ! ». Avec vaillance,
Bertel en asperge tous ces fauves surpris
Qui périssent bientôt en poussant de grands cris.
Il rejoint ensuite les deux autres princesses,
Va voir le roi du sort gémissant sans cesse
Qui embrasse ses trois filles avec transport.
L’âne gris à Bertel dit : « D’une affreuse mort
Je vous ai maintes fois sauvé. J’ai une grâce,
A vous demander. » Le bon Bertel l’embrasse :
« Oui, tout ce que tu veux ! » « Coupez-moi la tête. »
« Quelle horrible chose ! Non ! » « Que rien n’arrête
Votre épée ; grâce à moi vous êtes puissant,
Montrez aussi que vous êtes reconnaissant. »
L’âne insiste tellement que Bertel qu’il afflige
Lui coupe la tête, reconnaissance oblige.
A sa place aussitôt un jeune homme apparaît :
C’est un beau prince qu’un sorcier coupe-jarret
A transformé en âne, et chose cruelle,
Pour que lui soit rendue sa forme naturelle,
Il fallait qu’un homme reconnaissant coupât
Sa tête. Charmé, mais par les divins appâts
De la seconde fille du roi, il l’épouse,
Et Bertel celle qu’il aime. Âmes jalouses,
Ses frères, ne pouvant le voir riche et heureux,
Alors qu’il les combla de présents valeureux,
Quittèrent le pays, et comme des hères
Vécurent loin de lui toujours dans la misère.

[FIN DU CONTE: LE PALAIS AÉRIEN]


Par : Mohamed Yosri Ben Hemdène

mercredi 5 juillet 2017

Conte: Le Palais aérien (Partie VIII)

 CONTE: LE PALAIS AÉRIEN (PARTIE VIiI)


VIII. Les conseils que donna l’âne gris à Bertel, quand ils arrivèrent au palais aérien

Après avoir erré dans le désert mortel
L’âne gris s’arrête, et il demande à Bertel :
« Que voyez-vous ? » « Les rocs et le ciel, mer sans voiles. »
« Plus loin, que voyez-vous ? » « La lueur d’une étoile,
Les rayons du soleil...non, je n’y comprends rien ! »
« Ce que vous voyez, c’est le palais aérien,
Plus dangereux que l’autre et aussi plus immense,
Et dont les monstres n’ont aucune clémence,
Reprend l’âne savant, c’est un château fait d’or,
Un Trolle à neuf têtes qui jamais ne s’endort
Y garde captive la belle princesse,
Et les bêtes de la terre gardent sans cesse
L’entrée de ce château. » « Peut-on les écarter ? »
Demande Bertel. « Non. » « Peut-on les éviter ? »
« Non. » « Que ferai-je alors ? Je cours à ma perte ! »
« Il faut être prudent et rester alerte ;
Tous les jours à midi, c’est l’heure du sommeil
Pour ces bêtes qui mangent et qu’endort le soleil.
Profitez de ce temps pour remplir aux deux sources
Vos flacons, rapidement et au pas de course,
Oubliez les marbres et les reflets dorés,
Ou vous allez être sur-le-champ dévoré. »
Bertel le remercie. A midi, il arrive
Devant le château d’or où est sa captive.
Les animaux dorment et il passe au milieu d’eux
En tremblant, néanmoins, de ces monstres hideux,
Sans leur marcher sur les queues ou sur les pattes.
Bertel remplit ses deux flacons à la hâte,
Il oublie les conseils, les fauves irrités,
Et croit qu’il a le temps qu’il faut pour visiter
Le château qui reluit ainsi qu’une flamme
Et où est captive la belle jeune femme.

[A SUIVRE]


Par : Mohamed Yosri Ben Hemdène 

mardi 4 juillet 2017

Conte: Le Palais aérien (Partie VII)

 CONTE: LE PALAIS AÉRIEN (PARTIE VIi)


VII. Comment Bertel délivra la première princesse  

Bertel entre dans le château, qui est très vaste,
Mais pour des fantômes déploie tout son faste
Car il semble désert, sans gardes et sans roi.
Le voyageur entend soudain un cri d’effroi :
Une jeune et belle princesse, surprise,
L’aperçoit, derrière son rouet assise,
Et s’écrie : « Sauvez-vous ! Ce château appartient
A un Trolle cruel qui vous tuera s’il vient ! »
« Non, réplique fièrement Bertel, pour vous je reste,
J’ai bravé des ennemis cent fois plus funestes. »
« Noble chevalier, si vous voulez me sauver,
Voyez-vous cette épée ? Il faut la soulever,
Ou vous allez mourir et je serai morte. »
Dit-elle en lui montrant, derrière la porte,
Une pesante épée travaillée par le temps.
Bertel essaie ; en vain, fatigué, mécontent.
« Buvez de ce flacon à côté de l’épée. »
Lui dit la princesse, la voix entrecoupée
Par la peur. Il en boit, et l’épée maintenant
Devient très légère, dans sa main la tenant
Comme si elle était une petite plume,
Alors qu’elle est lourde comme une grande enclume.
Le Trolle arrive et voit le hardi étranger.
« Humain, sais-tu à quel point tu es en danger ?
Dit-il en ricanant, faible créature,
J’ai faim et tu seras, ce soir, ma nourriture. »
Bertel répond : « Ce que tu dis là est bien beau,
Mais c’est toi qui ce soir vas nourrir les corbeaux. »
Et d’un seul coup d’épée, fort comme la tempête,
Lui abat avec un grand fracas la tête.
« Je suis libre, grâce à vous, brave chevalier !
Le roi mon père ne va jamais l’oublier,
S’écrie la princesse, mais ma sœur est captive,
Ravie par un Trolle, malheureuse et chétive
Qui a six têtes et vit dans un château d’or. »
Et le brave Bertel dit : « Sauvons-la, alors. »
Prend flacon et épée pour qu’il la délivre
Et dit aux trois dragons dociles de le suivre.

[A SUIVRE]


Par : Mohamed Yosri Ben Hemdène 

lundi 3 juillet 2017

Conte: Le Palais aérien (Partie VI)

CONTE: LE PALAIS AÉRIEN (PARTIE Vi)


VI. Les trois dragons

« N’ayez pas peur, dit l’âne à Bertel, du danger.
Donnez à ce monstre quelques bœufs à manger
Et quelques carcasses de porcs, pour qu’il soit sage
Et dans la colline nous perce un passage. »
L’unicorne glouton, tout à fait rassasié
Et par toute cette nourriture extasié,
Dans la colline perce un trou, si énorme,
Qu’il fait passer tout le convoi sans alarmes.
L’âne gris demande à son maître ce qu’il voit.
« Rien, seulement des monts rocheux et le ciel. » « Soit.
Quoi d’autre ? » « Une lueur, celle d’une étoile,
On dirait, ou de la lune sans son voile. »
L’âne reprend, alors : « Ce que vous voyez,
Ce n’est point la lune ou une étoile. Soyez
Prêt, c’est le château que nous cherchons. » A sa porte,
Bertel voit trois dragons, créatures mortes,
Semble-t-il, mais qui sont plongées dans le sommeil
Depuis quelques siècles, sous le radieux soleil,
Et dont les yeux fermés sont couverts de mousse.
« Et s’ils se réveillent ? Et si je les courrouce ? »
Demande Bertel en tremblant. « N’ayez pas peur,
Répond l’âne, comme leur sinistre torpeur
Qui depuis des siècles entiers les accable,
Bien qu’ils soient certainement fauves et redoutables,
Vous les subjuguerez tous en les nourrissant. »
Dans le château semble vivre un roi très puissant
Car il est tout entier en argent et brille.
Le plus jeune dragon de cette famille
Éveillé par Bertel, est le moins affamé.
Il lui jette, d’abord de le voir alarmé,
Des carcasses de porcs, de bœufs, et d’autres bêtes,
Qu’il engloutit aussi vite que la tempête.
Le dragon, rassasié, à parler disposé,
Dit à Bertel : « Humain, puisque tu as osé
Me réveiller, sache que mon père et ma mère,
Plus affamés que moi, comme des chimères,
Vont engloutir tout ce qu’ils pourront engloutir. »
« J’ai de quoi les nourrir », dit Bertel sans mentir.
Le plus jeune dragon rugit et les éveille ;
Ils avalent, dans leur rage sans pareille,
Cinquante carcasses chacun, puis devenus doux,
Ils laissent passer tout le convoi sans courroux.

[A SUIVRE]


Par : Mohamed Yosri Ben Hemdène 

samedi 1 juillet 2017

Conte: Le Palais aérien (Partie V)

CONTE: LE PALAIS AÉRIEN (PARTIE V)



V. Ce que vit Bertel devant une autre colline

Bertel voit le petit Trolle, tout en larmes,
Criant tout seul sur la colline ses alarmes.
L’enfant est effrayé d’abord de le voir
Mais Bertel le console et le fait asseoir
Sur l’aile du corbeau qui bientôt les emporte
Jusqu’à la maison du père Trolle. A la porte
Bertel frappe, et le père embrasse, très heureux,
Son petit qu’il a cru mort d’un trépas affreux.
Il offre à son sauveur, dans sa grande euphorie,
Ses bijoux, son argent, de l’or, des pierreries ;
Bertel refuse tout et dit qu’il veut avoir
Une monture. Le Trolle l’emmène voir
Ses chevaux les plus beaux, de la plus pure race.
Bertel répond au bon Trolle qui s’embarrasse :
« Merci ! Mais vos chevaux sont bien trop vigoureux
Et bien trop grands pour moi. Vous me rendrez heureux
En m’offrant cet âne gris, bon pour mon commerce. »
Le Trolle invente alors mille raisons diverses
Pour l’en dissuader, car l’âne est très précieux :
Il lui dit qu’il est lent et qu’il est séditieux,
Qu’il le fera souffrir et qu’il est malade,
Mais Bertel le veut, et le Trolle maussade
Est de le lui céder à la fin obligé
Et en paraît, tout en souriant, bien affligé.
L’âne parle. Une heure passée, à son maître,
Il demande s’il voit une ligne bleuâtre.
« Oui », lui répond Bertel. « Il s’agit, en effet,
D’une colline, par un monstre aux cent méfaits
Jalousement gardée. » Devant la colline,
Bertel voit le monstre que l’âne lui dessine :
C’est un unicorne, hideux et colossal,
Dont la gueule lui semble un enfer abyssal,
Ouverte comme un gouffre et crachant des flammes,
Et Bertel en tremble de toute son âme.

[A SUIVRE]


Par : Mohamed Yosri Ben Hemdène 

vendredi 30 juin 2017

Conte: Le Palais aérien (Partie IV)

CONTE: LE PALAIS AÉRIEN (PARTIE iv)


IV. Les conseils que la vieille magicienne de la forêt et le corbeau de la colline donnèrent à Bertel

Bertel, ne sachant point quoi faire, épouvanté,
Retourne aux bois grâce au peloton enchanté
Demander conseil à la vieille magicienne
Qui connaît des choses terribles et anciennes.
Elle lui dit : « Avant tout prends ton fusil,
Trois cents caisses de clous, trois cents pesants barils
D’orge, trois cents autres caisses toutes remplies
De pointes de fer à cheval, sans que tu oublies
Trois cents carcasses de porcs, trois cents bœufs, trois cents
Grands barils de graviers. Ton peloton puissant
Jusqu’à un noir corbeau et un petit Trolle
Te conduira, et tu sauras bientôt ton rôle. »
Bertel la remercie et reviens réunir
Toutes ces provisions, que veut bien lui fournir
Le roi, très étonné, mais pour sa pauvre fille
Prêt à tout sacrifier – c’est sa seule famille.
Avec sa cargaison, songeant à son amour,
Bertel, qui roule son peloton, marche un jour
Et trouve le corbeau près d’une colline
Qu’il vise, menaçant, avec sa carabine.
« Ah ! Ne me tuez pas ! s’écrie le corbeau noir,
Et je vous aiderai. » « Bien, c’est ce qu’on va voir,
Répond Bertel ; dis-moi une chose utile. »
« Sur cette colline haute et infertile,
Reprend le corbeau par le fusil effaré,
Vous allez trouver un enfant Trolle égaré.
Si vous le rendez à sa famille, son père
Vous offrira ce que l’œil et le cœur espèrent ;
Vous refuserez tout, et au père surpris
Ne demanderez que son petit âne gris. 
Ne soyez pas ébloui par les autres richesses,
Seul l’âne vous aidera à sauver la princesse. »
Et le corbeau transporte aussitôt sur son dos
Jusqu’à la colline Bertel, léger fardeau.

[A SUIVRE]


Par : Mohamed Yosri Ben Hemdène  

jeudi 29 juin 2017

Conte: Le Palais aérien (Partie III)

CONTE: LE PALAIS AÉRIEN (PARTIE IiI)


III. Comment Bertel fut obligé de délivrer la fille du roi

Bertel fit rouler le peloton de laine
Qu’il oublia dans ses transports, l’âme pleine
Pour le charmant portrait de vénération
Et d’un amour proche de l’adoration.
Enfant bercé par sa passion idéale,
Bertel arrive à la métairie royale,
Rapide comme un vent d’hiver et sans deniers,
Et moins rapidement y devient palefrenier.
Il est si laborieux, le pauvre petit diable,
Et d’un abord que tous trouvent si agréable,
Que tout le monde l’aime, et bientôt la pitié
Qu’on a pour lui, devient une douce amitié.
Sa tâche accomplie, il monte dans sa mansarde,
Et le cœur plein d’amour, contemple et regarde
Le tableau étoilé qu’il y a suspendu
Comme on contemplerait un astre défendu.
Ses deux frères, jaloux de sa réussite,
Alors qu’on les malmène et qu’on les évite
Car leurs cœurs sont mauvais, l’ayant surpris un jour
En train de contempler sa belle avec amour,
Courent dire au cocher que comme dans un temple
Le mécréant Bertel tous les jours contemple
La païenne image d’une divinité
Dans sa mansarde, que pour cette insanité
Il doit être puni. Le roi, bon, mais sévère
Et chrétien convaincu comme l’était son père,
Se fait conduire dans la chambre de Bertel
Pour voir le prétendu temple ainsi que l’autel.
Quand il voit le tableau que le jeune homme adore,
Il s’en émeut et jette un cri : cette aurore
C’est sa fille cadette à la douce beauté
Ravie par des Trolles pleins de cruauté.
L’espoir revient au roi qui ne le croit plus morte.
Les frères de Bertel, pour hâter sa perte,
Disent alors au souverain qu’il s’est cent fois vanté
De n’être par nul Trolle ou monstre épouvanté
Et de pouvoir sauver la royale captive.
Il oppose en vain des protestations chétives
Aux mensonges de ses deux frères, affirmant
Qu’il ne sait pas où est la princesse ; alarmant,
Le roi lui ordonne, ne daignant pas l’entendre,
De partir et trouver sa fille sans attendre.

[A SUIVRE]


Par : Mohamed Yosri Ben Hemdène