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vendredi 11 septembre 2020

Re-La chimère

 Re-La chimère

D’après le poème  « La chimère » d’Albert Samain (1858-1900) duquel je ne garde ici que la première strophe

La chimère a passé dans la ville où tout dort,
Et l’homme en tressaillant a bondi de sa couche
Pour suivre le beau monstre à la démarche louche
Qui porte un ciel menteur dans ses larges yeux d’or.

De ses ailes il a plu des étoiles sans fin
Sur les toits éthérés des maisons tranquilles ;
Afin de mieux bercer le sommeil de la ville,
Elle a dénoué ses cheveux pleins de parfum.

Tous ses yeux ont relui, pareils à des flambeaux,
Dans le ciel ténébreux, deux fois plus immense,
Et chaque fois que l’être humain rêve ou pense,
Il croit que le monde en est devenu plus beau !

Elle fait épanouir les douces illusions
Ainsi que des roses, dans le désert aride
De l’existence, ou l’homme errant marche, livide,
Au milieu des mirages, au milieu des visions.

C’est le monde qui est sa ville et son enfer !
Elle connaît par cœur la nuit et les songes
Et sait que l’homme est épris de ses mensonges
Et qu’il aime comme la vie ses pesants fers ;

Plus d’un se réveillera, cependant, le lendemain,
Le cœur meurtri, aussi amer que les ondes
Qui emplissent les mers vastes et profondes
Dont les ports lointains sont inconnus aux humains.


Par : Mohamed Yosri Ben Hemdène

dimanche 19 avril 2020

Duel de névrosées

duel de NÉVROSÉES 

La Vérité dit à l’Illusion : « Je règne
Sur le cœur de l’homme, sans moi son esprit saigne,
Blessé par ton dard et blessé par ton poison !
L’homme, ma sœur, n’a pas besoin de la raison
Pour vivre : il a besoin du rêve et du mensonge !
Plus que les théories il aime les songes,
Le visage d’une femme plus que le tien,
Et il aime le Beau, mais n’aime pas le Bien !
Je te le dis, ma sœur, je suis la lumière,
Je fais un grand palais de l’étroite chaumière,
Du plus faible flambeau le plus radieux soleil,
Et rien dans ce monde ne me sera pareil ! »

La Vérité ricane et s’écrie : « Pauvre sotte !
L’homme a toujours aimé les femmes idiotes,
Moi je suis auguste, et je montre le chemin
À tout ce qui existe et à tous les humains !
Sois visible, d’abord, pour que je te réponde !
De loin on voit la mer, on ne voit pas les ondes,
C’est moi qui suis l’écueil, c’est moi qui suis le port,
Je sais toute la vie, je sais toute la mort ! »

Folles échevelées qui crient sous la lune,
La commère blonde et la commère brune,
Se battent, et les lambeaux de cheveux et de chair
Tombent comme la pluie de leurs corps pleins d’hiver.


Par : Mohamed Yosri Ben Hemdène 

vendredi 3 avril 2020

Faiblesse de la Vérité

faiblesse de la vérité

Sur les cœurs le Mensonge a plus d’empire
Que l’implacable et pâle Vérité,
Quand il vient murmurer et sourire
Et qu’elle n’a que sa sincérité.

« Tu es le meilleur ! Tu es la plus belle ! »
« Tu es aussi jeune que notre amour ! »
« Tu triompheras de la vie rebelle ! »
Nous murmure le Mensonge, toujours ;

« Tu n’es pas assez bon, cherche et travaille ! »
« L’amour est beau, mais n’est pas éternel !»
« Tu as gagné la première bataille ! »
Nous crie la Vérité dans le Ciel.

« L’avenir sera meilleur ! » crie le Mensonge,
La Vérité dit : « Il est incertain ! »
« Aimons la Nuit, qui est la sœur du Songe ! »
« Aimons le Travail, frère du Matin ! »

Les mortels ne veulent pas entendre
La Vérité ennemie de leur bonheur,
Et préfèrent espérer et attendre
Comme au fond de la forêt les veneurs ;

La Vérité tremble, enfant chétive,
Et le Mensonge dévore, enfant gras,
Nos rêves énormes dont elle se prive
Et qu’elle ne prend jamais dans ses bras.


Par : Mohamed Yosri Ben Hemdène

jeudi 27 septembre 2018

Joie, bonheur et félicité

Joie, bonheur et félicité

Pour l’homme ayant perdu sa joie de vivre
Comme l’enfant rêveur son premier livre
Plein d’images et de douces couleurs,
Tout ici-bas est ennui et douleur,
Et il boit lentement la vie altière,
Vieux café de la semaine dernière,
Plus salé, plus insipide et amer,
Que tous les flots et que toutes les mers.

Comme cet enfant souriant à sa mère,
Nous perdons nos radieuses chimères,
Nos chimères dorées, êtres cruels,
Et colorées comme des arcs-en-ciel
Dont il tombe de lourdes paillettes
Aux jours de douleur et aux jours de fête !
Nos rêves, tels des condamnés nombreux,
Crient, la nuit, dans leurs cachots ténébreux,
Nos illusions mortes nous tourmentent,
Nos inutiles desseins se lamentent,
Et nous marchons, à des spectres pareils,
Dans des sentiers qu’abhorre le soleil.


Par : Mohamed Yosri Ben Hemdène