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jeudi 17 septembre 2020

Le premier meurtre

 Le premier meurtre

Et raconte-leur en toute vérité l’histoire des deux fils d’Adam. Les deux offrirent des sacrifices ; celui de l’un fut accepté et celui de l’autre ne le fut pas. Celui-ci dit : « Je te tuerai sûrement ». « Dieu n’accepte, dit l’autre, que de la part des pieux » (Coran, 5-27)

Abel était berger et Caïn laboureur.
Chacun d’eux, un jour, fit une offrande au Seigneur :
Abel choisit sa plus belle génisse,
Alors que son frère dit : « Qu’on en finisse ! »
Et ne daigna offrir à Dieu qu’un peu de blé
Qui était sec comme son cœur et aussi laid.
Un feu blanc descendit des nuées sur la terre
Qui était doux comme la brise et la lumière,
Et ce feu n’emporta que l’offrande d’Abel.
Celle de son frère ne monta pas au ciel.
L’œil de Caïn devint comme la nuit sombre
Et de son noir dessein on y voyait l’ombre.
Il s’écria : « Abel, je vais te tuer ! »
« Et pourquoi donc, homme mauvais, infatué !
Ne sais-tu pas que Dieu qui sur l’univers règne
Agrée les offrandes de ceux qui le craignent ?
Moi je le crains, et je n’étendrai pas ma main
Pour t’ôter la vie. Prends mes péchés et les tiens
Pour demeurer toujours, frère, dans la géhenne. »
Caïn alors, fou de jalousie et de haine,
Regarda autour de lui, et semblait chercher
Quelque chose, puis il souleva un grand rocher
Et asséna, aussi violent que la tempête,
À son frère innocent plusieurs coups sur la tête,
Et la bouche ouverte, demeura interdit,
Se croyant dans un rêve et se sentant maudit.

Satan alla voir Ève et il lui dit : « Mère
De tous les hommes, ton fils a tué son frère ! »
« Tuer, qu’est-ce que c’est ? Va-t’en d’ici, ennemi ! »
Lui répondit Ève, et bientôt se rendormit.

Caïn, devant tout ce sang répandu blême,
Restait béant d’horreur, et il alla même
Réveiller son frère, qui ne s’éveilla pas.
Quelques heures passèrent et il était très las.
Il vit toutefois un corbeau grattant la terre
Et dit : « Faisons comme ce corbeau qui erre !
Suis-je damné au point de ne pas le pouvoir ? »
Il creusa un grand trou, et sans oser le voir
Y jeta son frère mort, le remords dans l’âme
Et de l’enfer voyant déjà luire les flammes.


Par : Mohamed Yosri Ben Hemdène

samedi 21 décembre 2019

Le drame du meurtrier


 Le drame du meurtrier

Après avoir tué son frère antique,
Caïn erre hors des temps messianiques,
Le cœur hagard et sans répit brûlé
Par le souvenir de son meurtre ailé
Qui le suit partout ainsi qu’à un spectre.
Chacun ferme sa porte et ses fenêtres
En le voyant de loin arriver,
Le soleil lui-même semble rêver
Et dans le ciel hésite à reluire.
Il entend tout autour de lui se dire :
« Voici l’homme maudit qui a tué
Son frère Abel ! » L’arbre diminué
Lui donne des fruits que le ver mange,
La terre qu’il cultive soudain change
Et, alors qu’elle était fertile avant,
Devient aussi sèche qu’un linge au vent,
L’herbe devient jaune à son passage,
La rivière se tarit avec l’âge
Comme la tête d’un vieillard chenu,
Et il tremble, pareil à l’enfant nu
Oublié sous la pluie, dans la tempête,
Et à la merci des vents et des bêtes.


Par : Mohamed Yosri Ben Hemdène

samedi 26 novembre 2016

L'enterrement d'Abel

L'enterrement d'abel

Jean-Jacques Henner, Adam et Ève découvrant le corps d'Abel (1858)

Adam, vêtu d’une peau de bête,
Et Ève de ses cheveux radieux,
Contemplent tous deux la sanglante tête
De leur fils tué par son frère odieux.

Comme l’eau d’une fontaine limpide
Son sang coule, par la fange souillé,
De la mer imitant les flots rapides
Dont son corps livide est l’écueil mouillé !

Les deux parents voient leur enfant sans vie
Et sans sépulture, déshonoré,
Son âme et leur joie leur sont ravies,
Tué par Caïn, son frère abhorré !

Cette ruine morte et malodorante,
Ce fut leur fils chéri ! Hélas, hélas !
Écœurée par cette chose écœurante,
La mère gémit, et le père est las,

Las de vivre dans ce nouveau monde
Où tout est éphémère et dégoûtant,
Où l’on doit manger des bêtes immondes
Et boire de sales eaux tout le temps !

Il dit à Ève : « Cet infâme
Sera puni par Dieu ; en vain il fuit.
Cachons Abel dans la terre, femme,
Loin de ces fauves qui hurlent la nuit. »


Par: Mohamed Yosri Ben Hemdène