mercredi 7 octobre 2020

Les deux repentirs

 les deux repentirs

Souviens-toi de Jonas, lorsqu’il partit à regret, et qu’il se crut à l’abri de notre puissance. Bientôt il s’écria du sein des ténèbres : Seigneur, il n’y a de Dieu que toi. Ton nom soit glorifié. J’ai été prévaricateur.
Nous entendîmes sa voix, et nous le délivrâmes de ses angoisses. C’est ainsi que nous sauvons les fidèles. (Coran, 21, 87-88)

Jonas, las qu’il était de son peuple infidèle
Et à qui il parlait du Seigneur avec zèle,
Écoutant sa colère au lieu de la raison,
Quitta, un jour, sa terre ainsi que sa maison.
« Il n’y a plus rien à faire, et Dieu sera terrible »,
Se dit-il. Pour partir aussi loin que possible,
Il monta à bord d’un grand vaisseau, plus amer
Que toutes les ondes qui emplissent la mer.

Dieu était courroucé après ce voyage ;
Le ciel bientôt devint un sombre nuage,
Et la fumée tuait récoltes et bétails,
Du peuple de Jonas détruisant le travail.
On criait dans les rues : « Grâce, Seigneur, grâce ! »,
La poussière couvrait tout comme une cuirasse,
L’air devenait poison et devenait mortel,
On ne pouvait plus voir le soleil dans le ciel,
On marchait dans la nuit et dans la colère.
Le repentir était dans tous les cœurs sincère,
On criait le nom de Jonas avec effroi ;
Le prophète est parti ! parti ! Alors on croit
La fin proche. Un homme pieux et vénérable
Dit cependant : « Montrez-vous tous misérables
Devant Dieu, et venez ensemble l’implorer. »
Toute la ville vint devant Dieu pleurer,
Vêtue de haillons et de cendres : les familles,
Les pères, les mères, les fils et les filles,
Vieillards et nouveau-nés, même les animaux
Qui étaient eux aussi accablés sous les maux.
Tout cela gémissait, pleurait à voix haute,
Les bêtes, qui n’avaient point commis de faute,
Beuglaient, meuglaient, poussaient des cris de désespoir.
C’était terrible et beau. Et le nuage noir
Se dissipa, et on revit la lumière
Après quarante jours et nuits de prières.

Le prophète Jonas était toujours en mer.
Pareil à un fantôme appesanti de fers,
Où allait-il ainsi ? Il ne le savait guère,
Il parlait du Seigneur et faisait ses prières.
Tout à coup l’océan, qui la veille souriait,
Poussa des rugissements, et le ciel criait.
La tempête ! Elle vient ! Elle vient avec l’ombre !
Les flots sont dangereux comme des écueils sombres !
Que faire ? « Le vaisseau est trop lourd », dit quelqu’un.
Il faut jeter un homme à la mer. Qui ? Chacun
Se mit à réfléchir. La chose était grave.
« Tirons au sort ! », lança tout à coup un brave.
On le fit. Qui jeter ? Jonas. Un homme pieux
Cria : « Jonas est un prophète qu’envoie Dieu,
Et si vous le tuez, craignez sa vengeance ! »
Malgré la tempête, la peur et l’impatience,
Une deuxième fois on vint tirer au sort ;
Jonas. Une autre fois ; toujours Jonas. La mort
Semblait avoir déjà choisi sa victime,
Mais Dieu, qui est terrible, est aussi magnanime.
Une immense baleine, en lui obéissant,
Avala le prophète, et le Tout-Puissant
Lui ordonna de ne point lui prendre la vie.
Il était, sans que son âme ne fût ravie,
Prisonnier de l’ombre partout autour de lui,
Loin du firmament et du soleil qui reluit.
Jonas alors cria cette prière auguste :
« Gloire à toi, ô Seigneur ! J’ai été injuste !
Il n’y point d’autre dieu que toi ! » Dieu l’entendit
Lui pardonna et à la terre le rendit.


Par : Mohamed Yosri Ben Hemdène

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