dimanche 15 décembre 2019

Braquage au lever du soleil

braquage au lever du soleil

C’est l’heure blanche où le soleil se lève,
Où le chômeur dort et l'enfant rêve
Et où les pauvres gens vont travailler.
On voit le ciel tout entier briller
Comme brille une médaille neuve,
Et la vie emporte, ainsi qu’un fleuve,
Le monde qui va au bus ou à pied,
Chacun faisant comme il lui sied.

Une jeune femme, allant à l’usine,
Sans contempler le ciel qui s’illumine,
N’ayant point le temps et n’y pensant pas,
Pour qu’elle soit à l’heure hâte le pas
Car elle doit nourrir de jeunes êtres,
Car son chef se fait appeler le maître,
Aussi laid qu’un requin et sans pitié.
Elle marche dans le même sentier
Où on la voit marcher d’habitude,
Quand elle voit avec inquiétude
Surgir deux hommes comme du néant,
Le premier armé d’un couteau géant
Et la fureur étincelante et blême
Dans les yeux et le cœur du deuxième.
« Que voulez-vous, messieurs ? » « Tu le sais bien !
Ton argent, pardi ! » « Mais, je n’ai rien ! »
Elle n’a rien hormis quelques pièces,
En effet. Sans entendre sa détresse,
Ils s’en emparent et la giflent rudement.
« Et en plus elle pleure stupidement !
C’est tout ce que tu as ? Va-t’en, pauvresse ! »
Et elle s’en va, car le temps presse !
La joue plus rouge que les autres jours,
Tandis que le soleil, haut dans sa tour,
Contemple le crime et sa souffrance
Avec son éternelle indifférence.


Par : Mohamed Yosri Ben Hemdène

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