CONTE: COMMENT ANDRÉ COUPA LE NEZ DU CURÉ (PARTIE V)
V. Les deux besognes que le curé infligea à André,
et comment le malin valet se vengea deux fois de lui
Le curé s’étonna de cette victoire
De son valet, et lui en fit conter l’histoire.
Un autre jour, à le perdre déterminé,
Il lui demanda, à l’heure du dîner :
« Tailles-tu la vigne, garçon ? » « Si
j’en taille !
Comme le chevalier sait faire des
batailles,
Je sais le faire et je le fais depuis
longtemps. »
« Va travailler alors, et si je
suis content
Tu auras une bien belle récompense. »
André, qui ne trouva point cela
alarmant,
Partit, et il coupa gauchement les
sarments
Et revint à midi, six heures avant l’heure,
Du curé étonné hanter la demeure.
« Faquin ! que viens-tu faire
ici ? » demanda-t-il
En tremblant des ruses de son valet
subtil.
« J’ai fini, répondit André, vite
ma tâche.
J’ai été laborieux et cela vous fâche ? »
« Non, nullement...bredouilla le
curé. Allons voir
Si tu as fait, comme tu le dis, ton
devoir. »
Le curé, courroucé, vit toute sa vigne
Dévastée par les coups du valet indigne,
Et il allait lui en donner, quand ce
dernier
Lui demanda : « êtes-vous
content ? » ; sans nier
Le curé, qui retint sa grande colère,
Lui répondit : « Cela ne peut
que me plaire !
Je suis certes content de toi, mon brave
André. »
Et quand il fut enfin seul : « Ce
jeune madré
Me ruinera à coup sûr ; il faut que
je lui donne
Une plate besogne...ah ! celle-là
est bonne ! »
Et envoya André pour qu’il fendît du
bois
En le suivant, inquiet, et cent fois aux
abois.
André, qui n’avait point le cœur mol et
lâche,
Se mit à l’ouvrage, armé d’une hache
Dont il frappait le bois avec des coups
subtils.
Faisant soudain semblant d’en tirer son
outil
Alors qu’il méditait, il dit à son
maître :
« Venez m’aider un peu, car le bois
est traître.
Tenez cette fente écartée des deux
mains. »
Il ne se fit prier point jusqu’au
lendemain.
André, en ce moment, avec promptitude
Retira sa hache sans inquiétude
Et laissa le curé, pareil aux
suppliciés,
Prisonnier du morceau de bois et
humilié.
« Diantre ! s’écria-t-il, par
le maudit Tibère !
Il faut que de ce bois maintenant tu me
libères !
Va donc chercher trois coins de bois,
sot que tu es,
Même si tu ferais bien mieux de me tuer ! »
André alla, avec la même hardiesse,
Au lieu des trois coins de bois appeler
les trois nièces
Du curé, et leur dit : « Votre
oncle va mourir.
Pour qu’il vive, il me faut toutes trois
vous chérir
Et coucher avec vous. » « Diable de
domestique !
Autant coucher avec les monstres
aquatiques !
Tu n’est qu’un vil coquin et un vilain
menteur. »
« Vous ne me prendrez plus pour un
mauvais conteur,
Leur dit André, quand vous entendrez mon
maître »
Qui cria pour l’appeler deux fois par la
fenêtre :
« Maître ! maître ! »
« Que veux-tu, valet de malheur ? »
Cria le curé qui se tordait de douleur.
« Il me les faut les trois ? »
« Oui, oui par le diable !
Hâte-toi, je t’attends ! » De
ses cris effroyables
Une nièce alarmée lui demanda : « Cela
Est-il dans votre chambre ? » « Et
que crois-tu ? hélas ! »
Et les trois nièces, sans comprendre ce
mystère,
De faire ce qu’on leur demandait se
hâtèrent.
Par: Mohamed Yosri Ben Hemdène
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La Muse a commencé à soupirer le 08/04/2012. Poèmes publiés sur le Blog : 2182.
samedi 2 avril 2016
Conte: Comment André coupa le nez du curé (Partie V)
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