vendredi 4 décembre 2020

Vie de Joseph (sixième partie)

 VIE DE JOSEPH (sixième PARTIE) 

VI. Le larcin

Lorsqu’il eut pourvu à leurs besoins, Joseph fit mettre une coupe dans le sac de Benjamin, et quand ils s’en retournaient, un héraut leur cria : ô étrangers ! Il y a parmi vous des voleurs. (Coran, 12, 70)

Quand ils entrèrent dans la ville, les frères
Obéirent à l’ordre que leur donna leur père.
Joseph, en voyant qu’ils étaient tous arrivés,
Appela Benjamin et lui dit en privé
Avec douceur, d’une voix magnanime :
« Je suis ton frère. Ne songe pas à leur crime. »
Lorsqu’il leur eut donné ce qu’ils vinrent chercher,
Joseph prit soin, sans qu’on ne le vît, de cacher
Au sac de Benjamin, la coupe pesante
De son roi, faite d’or et de choses luisantes.
Un héraut leur cria : « Attendez, voyageurs !
Vous ne partirez pas, vous êtes des voleurs ! »
Les fils de Jacob sur leurs pas se retournèrent
Et aux hérauts avec effroi demandèrent :
« Que cherchez-vous, hérauts ? » « la coupe du roi,
Dit un héraut. Celui qui la rapportera (moi,
Je m’en porte garant) aura pour récompense
Autant de blé que porte un chameau. On pense
Que la voler était votre commun dessein. »
Dieu sait que nous n’avons pas commis ce larcin
Et que nous ne venons pas à votre contrée
Pour y apporter la corruption abhorrée ! »
« Quel sera votre sort, si vous êtes menteurs ? »
« Nous vous en livrerons aussitôt le voleur
Et il deviendra, car c’est la loi, votre esclave. »
Ils oubliaient, dans leur déclaration grave,
Que la loi d’Égypte différait des Hébreux
Et que le coupable reçoit des coups nombreux
Ou doit rendre deux fois ce qu’à autrui il vole.
Dieu n’aurait pas permis que Joseph immole
Un de ses frères, pour qu’il changeât de foi
Et suivît, malgré lui, la religion du roi.

Joseph fouilla d’abord les sacs de ses frères
Puis fouilla le sac de Benjamin. Ses affaires
Contenaient la coupe qu’on cherchait. « Ô malheur !
Comme un autre de ses frères, c’est un voleur ! »
S’écrièrent alors méchamment les frères.
C’était l’idole de Laban, son grand-père,
Que Joseph, fort jeune, vola et lui cassa.
Joseph, silencieux, en son esprit repassa
Leurs railleries, et sans montrer sa colère,
Se dit : « Cœurs mauvais ! Loin de la voie salutaire
Vous errez sans songer à vos péchés hideux,
Et vous êtes bien plus à plaindre que nous deux. »


Par : Mohamed Yosri Ben Hemdène

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