dimanche 29 novembre 2020

Vie de Joseph (troisième partie)

VIE DE JOSEPH (troisième PARTIE) 

III. Joseph en prison

Ô mes compagnons d’infortune ! Des idoles doivent-elles être préférées au Dieu unique dont la puissance s’étend sur l’univers ? Vos dieux ne sont que de vains noms que vous avez inventés ou reçus de vos pères. Ils sont dépourvus de puissance. Dieu seul a le pouvoir de juger. Il a commandé qu’on n’adorât que lui. C’est la vraie religion ; mais la plupart des hommes ne la connaissent pas. (Coran, 12, 39-40)

« La femme du seigneur Putiphar, dans le vice,
Est éprise d’un jeune homme à son service,
Et même elle a voulu profiter de lui ! »
Racontaient des femmes de la ville. Ayant ouï
Leurs discours, Zuleïkha en devint amère
Et voulut se venger de toutes ses commères.
Elle les invita, dans ce but, à souper,
Donna à chacune un couteau prompt à couper,
Puis elle ordonna à Joseph de paraître.
Quand les femmes virent la beauté de cet être,
Elles le glorifièrent et s’écrièrent : « Ô Dieu !
Ce n’est point un homme, c’est un ange des cieux ! »
Et se coupèrent, dans leur extase, les doigts.
« Voilà celui qu’on m’a blâmée d’aimer. Il doit
M’aimer, dit Zuleïkha, ou sera misérable
Et jeté en prison comme les coupables. »
Joseph s’écria : « Ô Seigneur ! la prison
Est préférable au crime et à la trahison !
Rends-moi fort, détourne-moi de leurs artifices. »
Dieu exauça Joseph et le sauva du vice,
Car Dieu entend et voit. Bien qu’on l’innocentât,
Il fut ordonné qu’en prison on le jetât.

Deux jeunes hommes avec lui y entrèrent.
Les deux de leurs visions ignoraient les mystères ;
Le premier dit : « Je me vis presser du raisin. »
Le deuxième : « Sur ma tête portant du pain,
Des oiseaux en mangeaient. Joseph, que signifie
Donc cela ? On sait que tu es bon et tu pries. »
Joseph leur répondit : « Je puis, grâce au Seigneur,
En être un fidèle et juste interprétateur
Avant que ne vienne votre nourriture.
J’ai quitté un peuple qui nie la vie future,
Que j’ai renié parce qu’il ne croit point en Dieu.
D’Abraham, d’Isaac et de Jacob, mes aïeux,
Je suis la religion vraie, et je n’adore
Qu’Allah, le seul vrai dieu et qui nous honore
De ses faveurs, et qui comble aussi de ses biens
Tous les mortels, souvent ingrats. Les mêmes liens
Nous appesantissent, ô compagnons d’infortune !
Vos divinités ne sont que des noms, et chacune
Est l’ennemie de l’autre. En quoi est-il mieux
D’adorer ces idoles à la place du dieu
Unique et tout-puissant ? Le pouvoir suprême
Lui appartient, il veut qu’on l’adore et qu’on l’aime
Et qu’on n’adore que lui ; telle est la vraie foi.
Je vais vous expliquer vos songes ; écoutez-moi :
L’un de vous doit verser à boire à son maître
Pour sortir de cette prison. Quant à l’autre
Il sera crucifié, et les oiseaux viendront
À sa mort, et de sa tête se nourriront.
Voilà l’explication ; la chose est déjà faite. »
Son interprétation finie, le prophète
Demanda à l’homme qui resterait vivant
Auprès du maître dont il était le servant
De plaider sa cause. Il jura de le faire,
Mais le Malin lui fit oublier sa prière,
Et le fils de Jacob dut, pour cette raison,
Rester quelques années encore en sa prison.


Par : Mohamed Yosri Ben Hemdène

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