mercredi 27 juin 2012

La prière du pêcheur


La prière du pêcheur


La mer était si noire qu’elle semblait une encre
Où le Destin plongeait sa main, fatale ancre,
Pour écrire quelque chose de terrible lentement
Dit par l’ombre, dans le livre du firmament.
La houle, mot affreux que la nuit articule,
Rugissait, et les flots qui avancent et reculent
Imitaient des guerriers rangés devant une tour
Et à la grève disaient leurs farouches amours
En lui donnant souvent des baisers formidables.
Ô, sombre tempête, bruit inexorable !
Hasardeuse symphonie des ondes et des vents
Et que les hommes qui tremblent écoutent en rêvant !
Le jour se lèvera-t-il ? On ne sait. L’aurore
Va-t-elle blanchir le ciel ténébreux ? On l’ignore.
Tout ce qu’on voit, c’est la lutte des flots gladiateurs,
Et tout ce qu’on entend, c’est la vaste clameur
De l’océan terrible et qui ouvre la bouche
Pour pousser un puissant rugissement farouche
Et de l’orage furieux le lointain hurlement
Quand il mêle les ondes aux ondes éperdument.

Hans, devant une croix qu’une ancre surmonte
Etait ployé dans son logis. Il dit : « je compte
Aller en mer cette nuit. Les temps sont alarmants ;
Seul, je ne puis vaincre la fureur des éléments,
Et c’est pourquoi, Seigneur, dans ces climats rudes
J’implore de reluire votre mansuétude.
Soyez clément, soyez bienveillants, soyez doux !
De cette mer qui gronde modérez le courroux !
Ma femme m’attend et mes quatre enfants m’attendent
Effrayés chaque nuit lorsqu’ils entendent
De l’océan profond les rugissements sans fin.
Si je meurs noyé, ils mourront tous de faim !
Je m’envole, léger, et je leur rapporte
Des miettes de pain en frappant à la porte ;
Oiseau, faites que la mer ne soit point l’oiseleur !
A la pauvreté n’ajoutez point la douleur,
Ne noyez pas à un père dans les vagues profondes ! »

Cette nuit-là, le pêcheur périt dans les ondes.



Par: Mohamed Yosri Ben Hemdène

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