samedi 10 octobre 2020

Les hommes à l'éléphant

   LEs hommes à l'éléphant

As-tu vu comment le Seigneur a traité les hommes à l’éléphant ? N’a-t-il pas dérouté leurs stratagèmes ? (Coran, 105, 1-2)

Abraha, homme impie aux armées nombreuses,
Régnait sur l’Éthiopie et l’Arabie Heureuse.
Un jour il construisit, pour plaire à ses faux dieux,
Un temple à Sanaa, immense et radieux,
En se disant aussi : « C’est bien pour le commerce. »
Comme des poussières que le vent disperse
Çà et là, quand le ciel devient ténébreux,
Les pèlerins n’étaient pas, toutefois, nombreux.
Abraha demanda, en grande colère,
À sa cour de lui expliquer ce mystère.
« Les pèlerins vont tous, lui répondit-on, là-bas. »
« Où vont-il ? » « À un temple appelé la Kaaba,
Qui fut bâti, disent-ils, par deux prophètes :
Abraham et son fils, de Dieu suivant la loi. »
« Et ce qu’ils ont bâti sera détruit par moi ! »
S’écria Abraha. Il appela son armée
Qui vite emplit la terre ainsi qu’une fumée.
Ces soldats aguerris et toujours triomphants
Se mirent sur les dos de leurs grands éléphants
Aussi féroces qu’eux, mais le plus terrible,
C’était celui du roi Abraha, invincible,
Croyait-on, bête qui semblait faite d’acier
Et qui poussait un noir rugissement carnassier,
Amoureuse de la guerre et ses ravages,
Et sorte de géant indomptable et sauvage.
Cette collection de sombres malfaiteurs
Prit le chemin de la Mecque et n’avait pas peur.

Ils arrivent ! L’ennemi est maintenant aux portes.
Comme la tempête poussant les feuilles mortes,
Tout fuit à leur passage et tout se cache d’eux,
Et les soldats s’ennuient ; il n’y a donc aucun preux ?
S’amusant à tuer des vieillards et des femmes.
Seul un vieillard parut et s’écria : « Infâmes !
Je t’en implore, Dieu, protège ta maison
Et ne nous punit pas pour ce que nous faisons !
Tu es sans doute plus fort que tous ces hommes ! »
Abraha en riait : « De quel nom on te nomme,
Vieillard ? Qu’on ne le tue pas ! C’est sans doute un fou
Et l’entendre prier m’amuse, moi, beaucoup !
Allons, vieillard, va-t’en d’ici, ou je t’écrase. »
Pareil à un flambeau que le feu embrase,
Le vieillard s’en alla, plein de malédictions.
« À nous deux, maintenant ! Remplissons la mission ! »
Abraha commanda à sa bête farouche
Qui obéit à tous les mots de sa bouche
Et obéit à tous les gestes de sa main
D’attaquer la Kaaba. Au lieu de le faire,
Devant sa victime faite de pierres,
Elle se recula et se mit à genoux
Et ne craignit pas de son maître le courroux.
Abraha, irrité, répéta son ordre,
Mais son éléphant ne semblait pas l’entendre.
Il le frappa. Dans le désert il s’enfuit
Et tous les éléphants firent comme lui.
Abraha, devenu soudain fou de rage,
Cria : « Je le ferai, bêtes sans courage ! »

Un sombre nuage se forma dans le ciel,
Des oiseaux énormes qu’envoyait l’Éternel
Portaient chacun une pierre où était gravé
Le nom du coupable venu pour le braver.
Les oiseaux lançaient ces pierres formidables
Sur Abraha et son armée innombrable,
Tous morts, et devenus à la fin du danger
Comme de la balle dont le grain est mangé.


Par : Mohamed Yosri Ben Hemdène

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