dimanche 13 octobre 2019

Les martyrs urbains

Les martyrs urbains

Tous les jours, les mendiants et les fonctionnaires
Errent opiniâtrement dans la ville sans fin,
Fatigués tous les deux, le visage sévère,
S’en allant au néant ou lui tendant la main.

Les mendiants vont dormir dans leur sombre ruelle
Avec les chats errants et les chiens décrépits,
Comme ces animaux leur vie est cruelle
Et comme eux ils ont faim et marchent sans répit ;

Captifs de leurs bureaux et de leur hiérarchie
Et par leurs fatales cravates étranglés,
Les doux fonctionnaires, qui rêvent d’anarchie,
Vont, dans leurs costumes éternellement sanglés ;

Les mendiants, hirsutes comme des lions malades,
Comme les vieux livres jaunes et poussiéreux,
Sont sales, suppliants et toujours maussades,
Spectres malodorants et rêveurs malheureux ;

Pareils à des enfants pâles et imberbes,
Parfumés et propres et obligés de seoir,
Les fonctionnaires, qui rêvent de lacs et d’herbes,
Maudissent le matin et maudissent le soir.

Condamnés à être serviables ou serviles,
Rien ne pourra briser leurs gigantesques fers,
Ils sont tous les deux les martyrs de la ville
Qui reluit comme le feu radieux de l’enfer.


Par : Mohamed Yosri Ben Hemdène

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