samedi 20 avril 2019

Un jeune thésard

un jeune thésard

Le jeune thésard, sur ses vieux livres penché,
Alors que tout dort, ne s’est toujours pas couché.
Tout en crevant de faim, il sonde les mystères
Des notes qu’il trouve sous les commentaires ;
Quand on devient docte, la folie n’est pas loin :
Pourquoi y a-t-il une virgule, et non un point ?
Les cf., les op. cit., les ibid., dans sa tête,
Et les passim, dansent comme des tempêtes !
Hélas, comme le ciel est loin de ses brouillons
Dont les taches d’encre lui cachent les rayons !
Afin d’impressionner ses érudits maîtres,
Aussitôt qu’il se lève, il ferme sa fenêtre
Qui lui donnerait à voir la morgue du quartier,
Et ouvre ses livres : des volumes entiers
Longs comme des pensums, aussi lourds que le monde,
Pour oublier aussi sa tristesse profonde
Et son ventre rongé par l’ignorante faim.

Un jour, il le sera, sera Docteur, enfin !
Pauvre comme jadis, avec plus de lectures,
Plein de belles-lettres et de vieilles ratures,
Et il brandira son beau diplôme au Destin
En pensant qu’il a faim encore, ce matin.


Par : Mohamed Yosri Ben Hemdène

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