dimanche 25 juin 2017

Conte: Histoire de Moucheron (Partie XI)

CONTE: HISTOIRE DE MOUCHERON (PARTIE Xi)


XI. Ce que Moucheron découvre dans une forêt

Sachant que jamais il ne se fera entendre,
Moucheron s’en va sans même se défendre,
Sans provisions et sans espoir, sans rien avoir,
Marchant à tout hasard, d’un pas lourd, dans le soir.
Avec ses petites jambes, dans quelques heures
Il quitte le pays, exilé qui pleure,
Et entre dans une ténébreuse forêt
Mystérieuse comme un insondable secret.
Il s’arrête près d’un ruisseau calme et limpide
Dont l’onde est transparente et n’est point rapide,
Qu’ombragent des figuiers aux fardeaux différents.
Moucheron s’assied sur le gazon vert et prend
Du repos. Assailli par une faim atroce,
Il se réveille, et comme un singe féroce
Grimpe sur un figuier, en cueille quelques fruits
Qu’il savoure avec joie et avec de grands bruits.
Après avoir mangé les figues, sa figure
Se reflète dans l’eau. Comme d’une chose impure,
Il se recule en se regardant, terrifié,
Et voit son nez et ses oreilles, pétrifié,
Allongés tous les deux d’une façon horrible,
D’un mystérieux et puissant sort la cible.
Le pauvre Moucheron, après un grand sursaut,
S’écrie : « Des oreilles d’âne ! N’étant qu’un sot,
J’ai mérité cette punition, sans doute ! »
Et dans la profonde forêt cherche sa route.
De nouveau affamé, il se dit, triste et las :
« Rien de pire ne peut plus m’arriver, hélas ! »
Mange quelques figues et va de nouveau boire.
Quel bonheur pour le héros de cette histoire !
Ses oreilles et son nez sont redevenus
Tels qu’ils étaient avant, par un charme inconnu
Qui a rompu celui du figuier qui déforme.
Moucheron l’a compris. Cette fois, d’un pied ferme
Il cueille prestement les deux sortes de fruits
Et, des vertus des uns et des autres instruit,
Se noircit le visage et, méconnaissable,
Se rend de nouveau au palais du roi coupable.

[A SUIVRE]


Par : Mohamed Yosri Ben Hemdène 

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