vendredi 23 juin 2017

Conte: Histoire de Moucheron (Partie X)

CONTE: HISTOIRE DE MOUCHERON (PARTIE x)


X. L’iniquité du roi, et l’exil de Moucheron

Dans l’ombre du cachot profond où il fait nuit,
Moucheron, tout petit, tout seul et sans appui,
Apprend par un garde la nouvelle fatale
Qu’il est condamné à la peine capitale.
Pour qu’il puisse échapper à l’arrêt alarmant,
A sacrifier l’un des magiques instruments
Moucheron se décide, demande au roi de vivre
Et promet, si de ses chaînes il le délivre,
Avec le plus sincère et le plus humble ton,
De lui révéler le secret de son bâton.
Le roi, fort intrigué, accède à sa requête
Et pense le bâton plus précieux que sa tête.
Enchaîné lourdement et de la tête aux pieds
Comme à un dangereux criminel il sied,
Le captif est conduit dans une dépendance
Où de l’or est enfoui. Le bâton tourne et danse
Et indique l’endroit où cet or est caché.
De voir ce beau trésor le roi n’est pas fâché,
Moucheron a enfin prouvé son innocence,
Mais le roi profite de son impuissance,
Punit le trésorier de la peine de mort,
Et dit à son coureur : « J’ai adouci ton sort,
Et grâce à moi tu vis, mais petit et frêle,
Ta vélocité n’est point chose naturelle !
Tu as d’autres secrets : bien loin de l’horizon
Tu resteras, jusqu’à ta mort, dans ta prison
Si tu ne me les dis pas. L’aurore nouvelle,
Tu la verras briller si tu me les révèles. »
De son iniquité Moucheron est affligé,
Mais dit le secret des pantoufles, obligé
De le lui révéler pour demeurer en vie,
Le roi, de savoir ce secret l’âme ravie,
N’attend pas que Moucheron lui explique comment
Faire pour s’arrêter, et au même moment
Chausse les pantoufles, court comme le diable,
Essaie de s’arrêter, en vain ; le misérable
Jusqu’à ce qu’il tombe continue à courir,
Évanoui, épuisé et se croyant mourir.
Humilié par une telle mésaventure,
« Aux bêtes des bois je te donnerai en pâture
Dit-il, furieux, à son coureur, si tu reviens.
Quitte mon royaume et ne me demande rien,
Estime-toi heureux, car ta vie est sauve.
Tu seras dévoré par les bêtes fauves
Si, douze heures passées, un seul homme te voit
Dans mon royaume, ne serait-ce qu’une fois. »

[A SUIVRE]


Par : Mohamed Yosri Ben Hemdène

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