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dimanche 11 décembre 2016

Cosette

cosette

Émile-Antoine Bayard, Illustration pour Cosette (1862)

Pieds nus sous la pluie cruelle
Qui lui fera des bleus partout,
Tenant un balai plus grand qu’elle,
Cosette, opprimée par la toux,

Domestique frêle et rose,
Vêtue d’un éternel haillon,
Enfant devenue une chose,
Soupire loin des rayons !

Son horrible maigreur rappelle
Celle d’un chien mal nourri,
Avant, pourtant, elle était belle,
Jeune fruit tombé qui pourrit !

Elle craint tous les adultes
Et n’ose parler qu’en tremblant
Du bâton ou de l’insulte
Qui brisent son petit corps blanc ;

Elle souffre comme une femme,
Esclave de la Thénardier,
Marâtre sombre et infâme,
Et veut jouer et étudier

Comme on le fait à son âge ;
Son supplice va-t-il finir ?
Elle croit voir dans l’orage
Fantine, sa mère, revenir.


Par: Mohamed Yosri Ben Hemdène 

lundi 27 juillet 2015

Conte: Le petit teigneux (Partie IV)

CONTE: LE PETIT TEIGNEUX (PARTIE iv)


IV. Dans quelles circonstances le petit teigneux devint l’heureux époux de la fille du roi

Comme un seigneur, le roi reçut son visiteur.
« Qui êtes-vous ? Qui sont de vos jours les auteurs ? »
Lui demanda-t-il. « Je cours les aventures,
Répondit le garçon, Bayard est ma monture. »
Et cette réponse suffit au roi surpris
Qui le prit pour un homme de courage et d’esprit
Et l’invita à un grand bal le soir même.
Le garçon dansa fort bien et sans problème,
Et avec beaucoup de grâce il pouvait valser
Car il avait sa clef charmée, sans compulser.
Bien éblouie, la fille du roi vint lui dire
En lui montrant doucement son plus joli sourire : 
« Je veux danser avec vous. » Tous les deux contents,
Ils dansèrent si bien alors et si longtemps
Que du petit teigneux la princesse heureuse,
Lorsque finit le bal, devint amoureuse.
Elle lui dit, pourtant : « Seigneur, j’aimerais savoir
Pourquoi vous ne quittez jamais votre mouchoir. »
Et le petit teigneux répondit : « Princesse,
Pour ne rien vous cacher seule je vous confesse
Que ma tête me rend différent des mortels. »
« Comment cela ? » « Sachez que mon destin est tel
Que ma tête, noble princesse, est d’or faite. »
Elle l’en aima plus. A la fin de la fête,
Le roi, qui ne voulait pas sa fille affliger,
De la marier à son amant fut obligé
Et à leurs amours il ne fut point rebelle.
Les noces, croyez-m’en, furent des plus belles,
Tous y furent invités ; on y but du bon vin,
Et les quatre convives y mangeaient comme vingt ;
Quant au cheval Bayard, dans cette brasucade,
Il marchait en tête pendant la cavalcade.

[FIN DU CONTE: LE PETIT TEIGNEUX]


Par: Mohamed Yosri Ben Hemdène

dimanche 26 juillet 2015

Conte: Le petit teigneux (Partie III)

CONTE: LE PETIT TEIGNEUX (PARTIE III)


III. Comment le petit teigneux fut sauvé de la mort, et ce qu’il fit pour qu’on le laissât entrer au palais du roi

Sans que son cœur mauvais n’en fût importuné,
La châtelaine fit jeter l’infortuné
Dans un puits plein d’or et de fer qui ébullissent.
Le garçon, qui tremblait de cet affreux supplice,
Invoqua son cheval : « Bayard, ô mon ami !
Sauve-moi de ce puits où le destin m’a mis ! »
Et Bayard accourut, bienveillante bête,
Et sauva le petit teigneux dont la tête
Devint d’or, riche alors qu’on l’avait empiégé.
Voyant cela, Bayard dit à son protégé :
« Couvre-toi la tête, ou pour faire fortune
On te la coupera en une nuit opportune,
Avec ce grand mouchoir qui la cache aux larrons. »
Lorsque le jeune homme eut caché son mascaron,
Il s’enfuit du château à toute vitesse.
Content d’avoir quitté sa sinistre hôtesse,
Il arriva devant le palais du roi.
Il frappa à la porte en cachant son effroi :
« Pan ! pan ! pan ! » « Que veux-tu ? » « Etre domestique ! »
« Tu es laid et aussi maigre qu’un moustique,
C’est d’hommes forts qu’on a besoin. »  Et on ferma
La porte au nez du jeune homme qui s’alarma,
Pleura, se lamenta et invoqua encore
Bayard qui vint, aussi radieux que l’aurore,
Et qui dit au garçon, doux et d’or harnaché :
« Que veux-tu, mon garçon ? Pourquoi es-tu fâché ? »
« Je voudrais travailler, mais on me le refuse. »
« Nous allons employer ensemble une ruse :
Monte sur moi, cette lance que tu prendras,
Frappes-en la porte ; quand on te répondra,
Au lieu de leur dire qui tu es, insiste
Pour entrer. Fais ce que je dis, ne sois point triste. »
Le teigneux obéit et arriva buter
La porte du château et la persécuter
Aves sa lance : « Pan ! pan ! Ouvrez la porte ! »
« Qui êtes-vous, seigneur ? » « Ouvre ! que t’importe ? »
Et le portier qui vit le riche harnachement
Du cheval, et la lance en trembla gauchement
Et il laissa entrer le visiteur étrange
Qu’il prit pour un seigneur que patienter dérange.

[A SUIVRE]


Par: Mohamed Yosri Ben Hemdène

samedi 25 juillet 2015

Conte: Le petit teigneux (Partie II)

CONTE: LE PETIT TEIGNEUX (PARTIE II)


II. Le prodige qu’accomplit le petit teigneux, et ce que lui fit la méchante châtelaine

Le seigneur du château, deux jours passés, tomba
Malade, et à son mal bientôt il succomba.
Ce malheur qui frappa soudain la châtelaine
Rendit son âme sombre et de tristesse pleine
Et la désespéra, ne voulant plus songer,
Constamment éplorée, à boire ou à manger.
Notre petit teigneux dont l’âme est si bonne
Lui dit : « Ne pleurez plus, car je peux, patronne,
Ressusciter maintenant votre défunt mari,
Votre cœur de sa mort ne sera plus marri. »
« Le ressusciter ? Mais comment vas-tu le faire ? »
« Pour vous mentir je ne suis point téméraire,
Je possède une clef qui fait ce que je veux. »
« Eh bien ! j’espère que tu n’es pas un verveux
Qui croit ressusciter les morts. Si tu me railles,
Je vais te châtier comme la bélîtraille,
Et on te chassera d’ici comme un vilain. »
Il toucha le mort et dit : « Monsieur le châtelain,
Ressuscitez. » Comme les petits qui dorment,
Et alors que de son trépas on s’alarme,
Devant les yeux éblouis autant qu’épouvantés,
Retrouvant sa vigueur et en bonne santé,
Voilà qu’il se lève, calme, et qu’il regarde,
Etonné de cette compagnie pleurarde.
Désirant posséder la clef aux grands pouvoirs,
La châtelaine appela petit teigneux, le soir,
Et lui dit : « Grâce à toi et à ta clef charmée
Je ne suis plus, teigneux, comme avant alarmée.
Vends-la-moi. » « Non, jamais. » « Tu auras mille écus,
Dans la misère tu as fort longtemps vécu
Et tu vas t’enrichir pendant toute ta vie. »
« Ma clef ne me sera pas, madame, ravie,
Fût-ce pour tout l’argent qu’il y a dans l’univers.
Bayard me l’a donnée, et je serais pervers
De vendre ce présent, même pour l’or du monde. »
« Tu me désobéis ? Petit garçon immonde !
Vends-la-moi, ou tu ne verras plus l’horizon,
Et jusqu’à ta mort tu resteras en prison. »
« Jamais je ne vendrai chose si précieuse. »
La femme du seigneur, de ce refus furieuse,
Appela ses valets et dit : « Le petit teigneux
M’a insultée ; jetez ce fripon dédaigneux
Dans un puits bien profond, qui sera sa demeure
Et qu’il ne quittera point jusqu’à ce qu’il meure. »

[A SUIVRE]


Par: Mohamed Yosri Ben Hemdène

vendredi 24 juillet 2015

Conte: Le petit teigneux (Partie I)

CONTE: le petit teigneux (PARTIE i)

I. Ce que fit le petit teigneux, chassé par son père, et ce que lui dit le cheval Bayard

Le petit teigneux fut un si laid garçonnet
Que tout le monde de sa laideur s’étonnait
Qui dans son village devenait illustre.
Un jour son père vint lui dire, vieux rustre
Qui maltraitait son fils, le cœur sans affection, 
Et l’appelait son faix et sa malédiction :
« Des petits garçons tu es le plus immonde !
Je ne veux plus te voir ; va-t’en par le monde
Gagner ta vie sur les toits ou dans les palais
En devenant larron si tu peux ou valet. »
Le garçon, sans rien dire à son père injuste,
Le soir même quitta, obéissant, la fuste ;
Il arriva à un château le lendemain
Et il frappa à la porte, las du chemin :
« Que voulez-vous ? » « Je veux être domestique. »
« Vous êtes bien laid et maigre comme un moustique,
Mais entrez, nous avons besoin d’un soigneur
Pour soigner les bêtes de notre seigneur. »
Le jour suivant, on lui dit : « Fais ce qu’on demande :
Prends ce foin que voici ainsi que cette viande
Et nourris-en le lion ainsi que le cheval
Qui a été en train de paître dans le val. »
Et le petit teigneux donna pour nourriture
Du foin d’abord à la farouche créature
Au lieu de la viande, qu’il donna avec soin
Au cheval qui lui dit : « Mais je n’ai point besoin
De viande. Mon petit, tu es bien étrange !
Donne-moi ce bon foin alors, que je mange. »
Et le petit garçon le lui donna et dit :
« Je ne suis point encor domestique érudit.
Excusez-moi, monsieur le cheval, pour la peine
Que je vous ai causée. » « Que ton âme est bonne !
Je te pardonne et je vais te récompenser :
Je te donne cette clef ; tu n’as qu’à penser
A tout ce que tu veux pour que tu l’obtiennes.
Tu m’appelleras si tu veux que je vienne,
Rappelle-toi mon nom : je m’appelle Bayard,
Je t’aiderai et je ne serai point fuyard. »
Le garçon remercia Bayard, qui revint paître
Et qui de son valet bon fit son bon maître.

[A SUIVRE]


Par: Mohamed Yosri Ben Hemdène