vendredi 15 mai 2020

Re-Pendant que votre main docte

RE-pendant que votre docte main

D’après le poème  « Pendant que votre main docte » de Rémy Belleau (1528 – 1577), duquel je ne garde ici que la première strophe.

Pendant que votre main docte, gentille et belle
Va triant dextrement les odorantes fleurs
Par ces prés émaillés en cent et cent couleurs,
Par le sacré labeur de la troupe immortelle,

Je ne contemple ni les fleurs ni les branches
Ni le ruisseau léger, ni le soleil radieux,
Car je ne vois, parmi tout ce qu’a créé Dieu,
Que les doigts de ta main comme un nuage blanche !

Et elle cueille aussi les cœurs et les âmes,
Sans trembler de l’épine et sans trembler du feu,
Quand le matin reluit, tu prends ce que tu veux
Que tu emportes dans tes serres de femme !

La fleur qu’avec grâce tu prends et tu respires
Est moins parfumée que tes cheveux et ta chair,
Tu es si fragile que tu sembles un peu d’air
Et si belle que tout pâlit de ton sourire !

Une jeunesse armée comme toi de roses
Conquiert des royaumes et fait tomber des rois,
La douceur n’est jamais séparée de l’effroi,
Quand on connaît l’esprit des êtres et des choses ;

Cueille donc cette fleur magnifique et sans vie
Et qui se meurt dans le linceul de tes doigts blancs,
Tandis que le printemps te regarde, tremblant
De voir toutes ses fleurs à la terre ravies.


Par : Mohamed Yosri Ben Hemdène

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