vendredi 7 juillet 2017

Conte: Le Palais aérien (Partie IX)

CONTE: LE PALAIS AÉRIEN (PARTIE ix)


IX. Comment Bertel sauva sa princesse bien-aimée et l’âne gris, son fidèle compagnon

Dans de vastes salles Bertel erre en rêvant
Ainsi qu’une voile que caresse le vent
S’avançant doucement dans les flots sans furie,
Contemplant les soleils des belles pierreries.
Réveillé tout à coup de son dangereux sommeil
Par le rugissement d’un monstre sans pareil,
Dans une salle il voit un Trolle à neuf têtes
Qu’il tue d’un coup d’épée. Non loin de la bête,
Il trouve une jeune beauté qui doucement dort
Pareille à une fleur, dans une chambre d’or.
Bertel s’approche d’elle et voit avec surprise
La jeune princesse dont son âme est éprise
Et dont il a aimé le portrait dans les bois.
« Ô c’est vous ! s’écrie-t-il, c’est bien vous que je vois ! »
La beauté se réveille et à son tour s’écrie :
« Le Trolle va revenir ! Fuyez, je vous en prie ! »
Mais Bertel lui répond : « Il est mort. Suivez-moi,
Ma belle princesse, sans peur et sans émoi,
Et je vous conduirai jusqu’à votre père. »
Elle lui tend la main. La pauvre n’espère
Que revoir son bon père, et comme son sauveur
Qui la contemple, épris, avec des yeux rêveurs,
Ne songe qu’à quitter ce palais, sans rien prendre
De ses vastes trésors, et sans encore attendre.
Les bêtes, cependant, commencent à s’éveiller
A beugler, à rugir, à piauler, à piailler.
L’âne crie à son maître avec impatience :
« Utilisez l’eau de mort ! ». Avec vaillance,
Bertel en asperge tous ces fauves surpris
Qui périssent bientôt en poussant de grands cris.
Il rejoint ensuite les deux autres princesses,
Va voir le roi du sort gémissant sans cesse
Qui embrasse ses trois filles avec transport.
L’âne gris à Bertel dit : « D’une affreuse mort
Je vous ai maintes fois sauvé. J’ai une grâce,
A vous demander. » Le bon Bertel l’embrasse :
« Oui, tout ce que tu veux ! » « Coupez-moi la tête. »
« Quelle horrible chose ! Non ! » « Que rien n’arrête
Votre épée ; grâce à moi vous êtes puissant,
Montrez aussi que vous êtes reconnaissant. »
L’âne insiste tellement que Bertel qu’il afflige
Lui coupe la tête, reconnaissance oblige.
A sa place aussitôt un jeune homme apparaît :
C’est un beau prince qu’un sorcier coupe-jarret
A transformé en âne, et chose cruelle,
Pour que lui soit rendue sa forme naturelle,
Il fallait qu’un homme reconnaissant coupât
Sa tête. Charmé, mais par les divins appâts
De la seconde fille du roi, il l’épouse,
Et Bertel celle qu’il aime. Âmes jalouses,
Ses frères, ne pouvant le voir riche et heureux,
Alors qu’il les combla de présents valeureux,
Quittèrent le pays, et comme des hères
Vécurent loin de lui toujours dans la misère.

[FIN DU CONTE: LE PALAIS AÉRIEN]


Par : Mohamed Yosri Ben Hemdène

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