lundi 3 juillet 2017

Conte: Le Palais aérien (Partie VI)

CONTE: LE PALAIS AÉRIEN (PARTIE Vi)


VI. Les trois dragons

« N’ayez pas peur, dit l’âne à Bertel, du danger.
Donnez à ce monstre quelques bœufs à manger
Et quelques carcasses de porcs, pour qu’il soit sage
Et dans la colline nous perce un passage. »
L’unicorne glouton, tout à fait rassasié
Et par toute cette nourriture extasié,
Dans la colline perce un trou, si énorme,
Qu’il fait passer tout le convoi sans alarmes.
L’âne gris demande à son maître ce qu’il voit.
« Rien, seulement des monts rocheux et le ciel. » « Soit.
Quoi d’autre ? » « Une lueur, celle d’une étoile,
On dirait, ou de la lune sans son voile. »
L’âne reprend, alors : « Ce que vous voyez,
Ce n’est point la lune ou une étoile. Soyez
Prêt, c’est le château que nous cherchons. » A sa porte,
Bertel voit trois dragons, créatures mortes,
Semble-t-il, mais qui sont plongées dans le sommeil
Depuis quelques siècles, sous le radieux soleil,
Et dont les yeux fermés sont couverts de mousse.
« Et s’ils se réveillent ? Et si je les courrouce ? »
Demande Bertel en tremblant. « N’ayez pas peur,
Répond l’âne, comme leur sinistre torpeur
Qui depuis des siècles entiers les accable,
Bien qu’ils soient certainement fauves et redoutables,
Vous les subjuguerez tous en les nourrissant. »
Dans le château semble vivre un roi très puissant
Car il est tout entier en argent et brille.
Le plus jeune dragon de cette famille
Éveillé par Bertel, est le moins affamé.
Il lui jette, d’abord de le voir alarmé,
Des carcasses de porcs, de bœufs, et d’autres bêtes,
Qu’il engloutit aussi vite que la tempête.
Le dragon, rassasié, à parler disposé,
Dit à Bertel : « Humain, puisque tu as osé
Me réveiller, sache que mon père et ma mère,
Plus affamés que moi, comme des chimères,
Vont engloutir tout ce qu’ils pourront engloutir. »
« J’ai de quoi les nourrir », dit Bertel sans mentir.
Le plus jeune dragon rugit et les éveille ;
Ils avalent, dans leur rage sans pareille,
Cinquante carcasses chacun, puis devenus doux,
Ils laissent passer tout le convoi sans courroux.

[A SUIVRE]


Par : Mohamed Yosri Ben Hemdène 

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