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mardi 2 avril 2019

La fontaine du Jardin Botanique

la fontaine du jardin botanique

J’entends, le soir, dans le Jardin Botanique,
La fontaine pleurer comme une veuve antique,
Toute seule dans l’ombre infinie de la nuit,
Et la musique de ses larmes me poursuit !

Qu’est-ce qui fait pleurer cette triste fontaine
Où l’eau me semble vivre et qui me semble humaine ?
Un deuil ancien ? un doux baiser ? un vieil amour ?
Un amant qui ne vient pas au lever du jour
Et qui lui a ravi avec ses promesses
Son cœur blessé et sa défunte jeunesse ?
Je ne sais. Mais elle a perdu tous ses cheveux
Et elle n’exauce plus des mortels les vœux,
La fée qui l’habitait aujourd’hui est morte,
Et sous l’onde trouble de sa maison déserte
On voit ses os briller comme des sous tout neufs,
Et ses grands soupirs, toutes les nuits et derechef,
Emplissent le jardin qui semble être sa gorge,
Et en les répétant les rendre plus larges !


Par : Mohamed Yosri Ben Hemdène 

vendredi 14 décembre 2018

Minute de silence devant la Loire

minute DE silence devant la loire

Alors que le soleil se levait, ce fleuve
Qui de sa propre essence éternellement s’abreuve,
Reluisait vaillamment, mélancolique et veuf,
Pareil, sous le grand ciel d’hiver, à un sou neuf.

J’entendais le refrain de l’onde immobile,
Goutte d’un déluge qui a frappé la ville,
Et il me semblait que ce fleuve décrépit
Qui allait sans raison et courait sans répit,
Flambeau qui dans les vents cherche sa flamme,
Etait, en vérité, mon cœur et mon âme !
Dans ses ironiques et pâles profondeurs,
Mon être se dissout, frêle comme une odeur,
Chétif comme un malade et vain comme un nuage ;
Je fais un éternel et ennuyeux voyage,
Toujours ici, jamais ailleurs, dans les flots morts
Cherchant l’improbable dépouille du port,
Blessé sans savoir au juste ce qui m’afflige
Devant ce grand néant pris d’un vaste vertige,
Au bord de l’abîme debout seul, effrayé,
Et contemplant de loin mes beaux rêves noyés.


Par : Mohamed Yosri Ben Hemdène

mercredi 18 juillet 2018

À la Loire

à la loire

Ô Loire qui souris sous le ciel qui rayonne,
Obéis-moi, je suis ton maître et te l’ordonne,
Emporte-moi jusqu’aux êtres qui me sont chers
Sur tes flots incertains, pareils à des yeux clairs !

Ô rends-moi mes amours, Loire criminelle !
Tu ne peux me priver des choses éternelles !
Rends-les-moi ou je fais ce que tous les dieux font,
Et comme fit Xerxès, jadis, à l’Hellespont,
Je te fouetterai jusqu’à la mort, Loire !
Bientôt tu me verras dans toute ma gloire,
A la tête d’une grande armée, envahir
Le monde des mortels, et aussi t’assaillir
Avec mon radieux foudre et mon fouet luisant !
Oses-tu t’opposer à moi ? En te brisant
Ainsi que le potier brise une poterie,
Tu trembleras de ma force et de ma furie !
Conduis-les jusqu’à moi, conduis-moi jusqu’à eux,
Ou comme Moïse je te couperai en deux
Et tu en périras comme la mer Morte !
Rien n’est plus inquiétant que les sombres portes
Ouvertes et fermées, paradoxes flottants ;
Loire, tu es donc un problème à deux battants !
Je te l’ordonne, je t’en prie, je t’en conjure,
Ramène-moi ces deux apparitions pures,
Ramène-les-moi ou péris dans les tourments,
Et sois clémente comme ils sont tous deux charmants !


Par : Mohamed Yosri Ben Hemdène