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vendredi 9 décembre 2016

Le meurtre des jeunes princes

Le meurtre des jeunes princes

Félix-Joseph Barrias, Le meurtre des jeunes princes (1856)

Forrest et Dighton, scélérats moroses,
Pour le roi Richard tuant ses neveux,
Contemplent leurs victimes aux joues roses,
Pauvres petits anges aux blonds cheveux.

Les enfants dorment dans la même couche
En mêlant leurs ailes et s’enlaçant,
Sans voir venir leurs bourreaux farouches,
De leur sommeil paisible et innocent ;

Frêles fleurs qui ont la même tige,
Ils ont aussi le même doux parfum
Qui à leurs bourreaux donne le vertige
Du crime énorme et du remords sans fin !

Sur leur oreiller empli de lumière
Aussi tendre que le sein maternel,
Est posé un livre de prières
Qui leur fait croire à l’Éden éternel,

Un souffle de leurs lèvres entrouvertes
Sort, subtil, empli de bénédictions,
Rêvant d’oiseaux blancs et de forêts vertes
Et de ruisseaux dans des dérélictions !

Forrest tremble, bien qu’il soit infâme,
Dighton frissonne, bien qu’il soit sans cœur, 
Ils vont bientôt tuer ces deux âmes
Et vont assassiner ces deux lueurs.


Par: Mohamed Yosri Ben Hemdène 

jeudi 8 décembre 2016

L'emprisonnement des gaulois

L'emprisonnement des gaulois

Félix-Joseph Barrias, Un Gaulois et sa fille emprisonnés à Rome (1847)

Au Tullianum, geôle profonde et noire,
Un gaulois et sa fille, prisonniers,
Des Romains maudissent les victoires,
Affamés jusqu’à leurs soupirs derniers.

Le père cache sa fille captive,
Pareille aux bêtes fauves des grands bois,
Que la prison a rendue chétive ,
Aussi farouche qu’un cerf aux abois,

Tandis que Rome vient et les contemple
En les raillant malgré son effroi,
Les prêtresses sorties de leurs temples,
Les nobles et les plébéiens sans droits

Malgré leur labeur et leur misère
Contents de voir plus misérables qu’eux,
Les enfants pendus aux seins de leurs mères,
Les riches, les pauvres, les belliqueux !

Et tout cela insulte et regarde
Le fier prisonnier qui ne tremble pas
Et la prisonnière et frêle et hagarde
Qui attendent l’aurore du trépas ;

Le vaillant gaulois enlace sa fille,
Pour protéger de l’ennemi haï
Tout ce qui reste de sa famille
Et tout ce qui reste de son pays.


Par: Mohamed Yosri Ben Hemdène 

mercredi 7 décembre 2016

Les Exilés de Tibère

les exilés de tibère

Félix-Joseph Barrias, Les Exilés de Tibère (1850) 

Quittant les rivages de leur Rome chérie,
Les exilés disent adieu à la patrie,
Emportés par les vents, les flots et les rameurs,
Comme d’invisibles et lointaines clameurs.

Bannis par le puissant et cruel Tibère
Aimant autant le sang que la bonne chère
Et dont le visage est ravagé de tumeurs,
Ils écoutent des leurs les dernières rumeurs,
S’envolant, vagues et lamentables prières !
Ils disent adieu aux monts, au port, à la lumière,
A l’azur et au toit sous lesquels ils sont nés,
Et s’en vont, à périr loin d’eux condamnés !
Un poète chante de Rome les éloges,
L’auguste sénateur républicain en toge
Salue tragiquement son pays adoré,
Des femmes, en fermant leurs grands yeux éplorés,
Contemplent, le cœur plein d’amour et d’amertume,
L’élégiaque chaumière au toit qui fume
Et le temple banni qui soudain rétrécit ;
A leurs enfants elles content de beaux récits :
Qu’ils vont tous voir les dieux, manger de l’ambroisie,
Et revenir comme dans les poésies.  


Par: Mohamed Yosri Ben Hemdène