lundi 26 juin 2017

Conte: Histoire de Moucheron (Partie XII)

CONTE: HISTOIRE DE MOUCHERON (PARTIE XiI)


XII. La vengeance de Moucheron

Aux portes du palais, le cuisinier du roi
Voit Moucheron déguisé qui erre sans effroi
Et s’écrie : « Les belles figues, si vermeilles !
Cela va plaire au roi ! Combien la corbeille ? »
Moucheron les lui vend pour un prix modéré
Et s’en va en faisant semblant d’être affairé.
Content de son dîner, le roi complimente
Son cuisinier ; voyant les figues charmantes,
Il admire avec joie ses fruits inattendus,
Sur un plateau d’argent, par Moucheron vendus.
« Quelles belles figues, combien appétissantes ! »
Dit-il, avec une goinfrerie puissante
En avalant deux sans attendre, et en donnant
A tous les convives, de leur goût s’étonnant.
« Ah ! mon père ! » s’écrie sa fille, la princesse ;
Il entend d’autres cris retentir sans cesse
Et le roi voit soudain, affligé et furieux,
Pousser un nez et deux oreilles monstrueux
A tous ceux qui comme lui ont mangé des figues.
Il appelle tous ses médecins et il brigue
Leur secours. Ils viennent bientôt, obéissants.
Leurs remèdes sont vains, leurs conseils impuissants,
Rien ne guérit le roi et les autres convives,
Ni leurs saignées, ni leurs pilules. Rien n’arrive,
Et la cour se désole avec un sombre bruit
En maudissant le chef de cuisine et ses fruits.

Avec l’argent qu’il a gagné, Moucheron achète
Une belle robe de docteur, et l’allure quiète,
Va au palais du roi sans trembler du danger
Et se présente comme un médecin étranger
Qui connaît les secrets des anciens remèdes.
On croit que ce petit médecin offrant son aide
Est un charlatan, mais un prince veut bien
Eprouver sa science d’abord, n’y perdant rien.
Pour seul remède alors, au prince qu’il étonne
Il fait manger une figue qu’il sait bonne,
Et le prince est guéri comme par enchantement.
A travers de grands et somptueux appartements,
Le roi joyeux conduit le médecin sublime
Et lui dit : « Guéris-moi, tu seras richissime,
Et je te donnerai tout ce qui te plaira. »
Moucheron voit ses trésors : « Tu ne me reverras
Plus jamais ! » S’écrie-t-il devant le roi superbe
En arrachant rapidement sa fausse barbe
Après s’être emparé de son bâton et mis
Ses pantoufles, laissant le souverain qui gémit
Atterré par cette vérité fatale,
Et s’envolant bientôt vers sa ville natale. 

[FIN DU CONTE : HISTOIRE DE MOUCHERON]


Par : Mohamed Yosri Ben Hemdène 

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